Nous rentrerons dans l’ombre

Par: le comité éditorial


Partisane n’est pas un nouveau journal de gauche. Ce premier numéro sera sans doute le dernier à exister sous cette forme traditionnelle des publications montréalaises tournées vers un milieu qui lit peu et s’en vante, n’agit pas mais en parle beaucoup, n’a aucune perspective et s’en satisfait. Peut-être que ce numéro ne parlera à personne d’autre que nous, peut-être trouverons-nous des camarades sur notre chemin, mais l’inaction n’est jamais une option. Nous faisons comme d’autres le constat que le mouvement est déconnecté des réalités prolétariennes et ne sait pas parler aux gens. Ce constat est facile à faire, mais nous pensons que la solution ne viendra pas du milieu révolutionnaire québécois, si tant est qu’il existe. Nous n’attendons pas un hypothétique sursaut de la part des activistes et autres professionnels de la contestation. Nous avons choisi de nous organiser entre travailleurs et travailleuses autour de certaines lignes politiques et avec certains objectifs que nous présenterons ici.

Communistes révolutionnaires autonomes

Nous sommes communistes. Que nous soyons marxistes ou libertaires, nous considérons que les différences entre ces traditions sont des hochets pour militants folkloriques. Il existe autant de différence entre nous et des staliniens, qu’entre nous et des individualistes « anarchistes ». Cette identification a été historiquement revendiquée par les deux traditions et nous la faisons nôtre aujourd’hui. Nous nous reconnaissons dans l’histoire du mouvement ouvrier socialiste et de ses luttes, quelles qu’aient été ses tendances et ses erreurs. Nous ne nous laisserons pas intimider par les sempiternels maccarthystes de gauche et de droite. On ne rentrera pas ici dans le détail de ce que nous entendons par « communisme », ceci sera le fruit de discussions et de publications futures. Nous nous contenterons de dire que notre communisme rejette l’État sous toutes ses formes, l’oppression quels que soient ses habits, et le nationalisme quelles qu’en soient les explications.

Nous sommes révolutionnaires. Nous n’avons que faire d’être présentables ou accepté.e.s, nous ne cherchons pas une place à la table des négociations. Une guerre sociale est en cours depuis bien avant notre naissance et la politique est notre champ de bataille. Sur ce terrain d’opération, nous luttons pour l’amélioration des conditions de vie des exploité.e.s et contre les mesures réactionnaires du pouvoir. Ces accrochages de la lutte des classes sont autant de casemates à prendre d’assaut, de tranchées à défendre. Gagner du terrain sur l’ennemi est nécessaire à nos vies et à la construction d’un autre futur, mais nous savons que cette guerre ne prendra fin qu’avec la destruction totale de l’ennemi et de son monde. Cet ennemi, c’est la bourgeoisie, qui ne quittera pas la scène de l’histoire sans combattre. Notre communisme est donc révolutionnaire et insurrectionnel.

Nous sommes autonomes. Nous pensons qu’aucune libération véritable n’aura lieu sans l’action révolutionnaire autonome du prolétariat à une échelle de masse. Nous considérons donc tout organisation, syndicat, parti ou individu cherchant à prendre le contrôle des luttes, à les diriger ou à les réfréner comme autant d’opposants à l’émancipation des travailleurs et travailleuses. Nous prônons l’utilisation de formes de luttes des classes autonomes des partis, des syndicats, du communautaire et de l’État.

Nous ne vous invitons pas à rejoindre

Comme nous l’avons précisé, cette revue n’existera pas sous cette forme passé ce numéro. En effet, le premier numéro deviendra une feuille d’agitation servant à diffuser idées et informations à destination d’un public n’étant pas déjà acquis ou sympathique aux positions de la gauche révolutionnaire. Cette feuille d’agitation n’est d’ailleurs qu’un outil pour aider à un travail d’implantation. Nous vous invitons donc à suivre l’avancée de nos publications en ligne, si vous n’êtes pas sur notre lieu d’intervention.

Nous visons aussi la publication d’une revue théorique plus conséquente et exigeante afin de clarifier nos positions sur une série de sujets, de produire des analyses plus poussées, et d’entrer en discussion avec d’autres militant.e.s révolutionnaires ici ou à l’étranger. Ce travail sera à destination d’un public plus averti ou cherchant à se former. Le projet est en cours et sera publié quand la qualité de la production nous satisfera.

Enfin, pour achever de convaincre les anarchistes folkloriques que nous sommes probablement d’horribles staliniens, nous affirmons la nécessaire construction d’une véritable organisation révolutionnaire. Nous pourrions aussi parler de Parti, le mot ne nous effraie pas. Cependant, la question est trop sérieuse pour l’aborder ici en ces termes et doit être le fruit d’un véritable travail sur le long terme que nous ne faisons que commencer. Nous laisserons les fétichistes de l’impuissance nous comparer aux sectes trotskistes et aux partis « communistes » réformistes et campistes, nous nous adressons ici aux anarchistes et aux marxistes conséquent·e·s. Nous savons que nous ne sommes pas les seul.e.s à être désolé.e.s de la pauvreté générale des pratiques, théories et perspectives révolutionnaires au Québec.

Nous ne vous invitons pas à nous rejoindre. Ce texte est une première brique à laquelle manque le ciment pour l’unir aux autres, et les fondations pour les soutenir. Nous vous invitons néanmoins à suivre les prochaines éditions, à entrer en dialogue avec nous et, peut-être, si nos discussions sont fructueuses, ferons-nous un bout de chemin ensemble.

La giustizia è la nostra disciplina,

libertà è l’idea che ci avvicina,

rosso sangue è il color della bandiera