Enquête ouvrière 1 : Manoeuvre en contenerisation

Louis-Antoine, Manoeuvre en conteneurisation

1) L’entreprise

Dans quelle entreprise travailles-tu ?

L-A : CanEst Transit.

À quel secteur appartient-elle ?

L-A : Logistique.

Dépend-elle d’un trust ou d’une multinationale ?

L-A : Non.

Que produit ton entreprise ou quels services vend-elle ?

L-A : Le remplissage de conteneur de grain.

Dans quel atelier, département ou service travailles-tu ?

L-A : La production.

Ton entreprise reçoit-elle des subventions de la région ou de l’État ?

L-A : Probablement.

2) La région

Existe-t-il des entreprises du même secteur d’activité dans la région ? Si c’est le cas, sais-tu pourquoi ?

L-A : Oui, nous sommes dans le port de Montréal.

Quelle est l’opinion du public, des patrons, et des hommes politiques à son sujet ?

L-A : Le port souvent considéré bruyant pour les personnes qui vivent à proximité. Les patrons et les politiciens le considèrent comme vital pour leur activité économique.

3) Les collègues de travail

Combien de salarié.e.s travaillent dans ton entreprise ?

L-A : Environ 80.

Quelle est la proportion d’hommes et de femmes ?

L-A : Une seule femme au laboratoire, deux dans l’administration.

Quelle est la proportion de francophones, d’anglophones, d’immigré.e.s, etc. ?

L-A : Majorité de Québécois francophones, environ un tiers d’immigrants.

Quels sont les pays d’origine des migrants ?

L-A : Principalement Afrique subsaharienne et l’Égypte.

Combien y a-t-il d’intérimaires et de salarié.e.s, et sont-ils à temps partiel ou à temps plein ?

L-A : Presque tout le monde est à temps plein.

Est-ce que la proportion entre ces différentes catégories de personnel évolue, et pourquoi ?

L-A : Pas vraiment, le manque de main-d’œuvre fait que tout le monde est à temps plein.

Comment le travail est-il organisé au niveau du temps (horaires administratifs, travail en équipe, etc.) ?

L-A : Il y a trois shifts, un de jour (lundi au jeudi, 6h à 16h), un de soir (lundi au jeudi, de midi à 22h) et un de fin de semaine (6h à 18h, du vendredi au dimanche).

Quel type de salarié.e.s sont attiré.e.s par l’entreprise ?

L-A : Surtout des hommes avec peu d’éducation.

Quand c’est leur premier travail, quelle est leur motivation principale ?

L-A : C’est rarement le premier travail des gens.

Quelles relations y a-t-il entre les salarié.e.s plus ancien.ne.s et plus jeunes ?

L-A : Presque tout le monde est nouveau donc on s’aide comme on peut. Les plus anciens ont deux ans d’expérience.

4) Le métier

Depuis combien de temps travailles-tu dans cette entreprise ?

L-A : J’ai fait presque 1 an.

Depuis combien de temps existe-t-elle ?

L-A : 4 ans.

À quoi ressemble la pyramide des âges dans l’entreprise ?

L-A : Presque tout le monde a entre 20 et 40 ans. Les âges sont bien distribués dans ce range.

As-tu déjà travaillé dans une entreprise de la même branche, et qu’en est-il de tes collègues ?

L-A : Non, mais les collègues viennent un peu de tous les milieux.

Quels métiers as-tu exercé auparavant, et quels métiers ont exercé tes collègues ?

L-A : J’ai fait de la construction, du travail en cuisine, en agriculture et dans les musées. Les collègues ont principalement fait de l’usine ou de la logistique.

Comment as-tu été embauché ?

L-A : J’ai postulé en ligne.

Est-ce qu’il y a différents moyens d’embauches (par exemple, népotisme ou contrats) ?

L-A : Pas vraiment.

Pourquoi as-tu choisi cette entreprise ?

L-A : Besoin d’argent après mon dernier contrat.

Souhaites-tu y travailler longtemps ? Qu’en est-il de tes collègues ?

L-A : Pas mal tout le monde veut sortir vite.

Quel travail aimerais-tu faire si tu quittes l’entreprise et pourquoi ?

L-A : Aller dans mon domaine d’étude en muséologie.

5) La qualification

Quels sont les critères d’embauche utilisés par la direction ?

L-A : Être physiquement apte et savoir lire.

Quelles étaient ta formation professionnelle et tes qualifications avant d’entrer dans l’entreprise ?

L-A : J’ai une maîtrise et mes cartes de construction.

Y a-t-il une formation pour qualifier les salarié.e.s et combien de temps dure-t-elle ?

L-A : La formation est entièrement faite maison et est faite sur le tas. Elle dure le temps qu’un employé soit capable d’apprendre le poste.

Qu’y apprend-on et qu’y as-tu appris ?

L-A : Comment faire fonctionner la machine de chargement, décharger un train ou un camion de grain, apprendre à conduire un shunter ou un chariot élévateur.

Que penses-tu de cette formation maintenant que tu travailles dans l’entreprise ?

L-A : On essayait de nous pousser le plus vite possible pour pouvoir former plus de nouveaux. Je formais déjà des nouveaux à ma quatrième semaine. Ça augmentait les risques pour la santé-sécurité.

Disposais-tu de la qualification requise pour ton travail ou as-tu appris sur le tas ?

L-A : Définitivement sur le tas.

Quelles sont les compétences requises pour exercer ton métier ?

L-A : Être physiquement en forme et pas trop con.

6) Les méthodes de travail

Quelles sont les opérations que tu effectues à ton poste ?

L-A : Nettoyage, élévation et chargement de conteneur, mise en place d’un bucket (une grande feuille de carton boîte tenue par des tiewrap sur des 2 par 4 pour empêcher le grain de fuir le conteneur. Fermeture d’un conteneur.

Qui est ton supérieur hiérarchique immédiat ?

L-A : Mon contremaître.

Qui sont tes différents supérieurs ?

L-A : Contremaître, DHR, PDG-propriétaire.

Avec quelles machines, outils, ordinateurs, etc., travailles-tu ?

L-A : Une machine hydraulique, une masse, des lances à air comprimé, une pelle, un transpalette, et un chariot élévateur

À quoi servent-ils ?

L-A : La machine sert à mettre le conteneur à la verticale dans la chute a grain pour le charger puis le placer sur un shunter pour le mettre sur un camion. La masse sert à fermer le conteneur, les lances servent aux nettoyages des machines, la pelle à déplacer le grain, le chariot élévateur à déplacer le grain, le transpalette à déplacer le matériel lourd dans la shop.

Maîtrises-tu bien leur fonctionnement ?

L-A : Oui.

Aimes-tu travailler avec ces outils, machines, ordinateurs, etc. ?

L-A : Non, les occasions de se blesser sont nombreuses et le travail fait rapidement mal au corps.

Qu’apprécies-tu, de façon générale, dans ton travail ?

L-A : La majorité des collègues utilisent des pauses quand le conteneur charge. La vue du haut du silo à grain, apprendre à utiliser un chariot élévateur.

Que détestes-tu dans ton boulot ?

L-A : Mon christ de collègue anti-vax et paternaliste. Le travail en général.

7) Les formes de coopération et d’entraide dans le travail

Travailles-tu en coopération avec d’autres salarié.e.s ?

L-A : Oui, au moins quatre employés sont nécessaires pour faire un chargement.

Comment se déroule cette coopération ?

L-A : Le conducteur de shunter doit reculer le conteneur dans la machine. Le manœuvre (souvent moi) le sécurise et le fait monter pour le chargement. Mettre le bucket et l’attacher, fermer le conteneur. Une fois chargé, le Manoeuvre remet le conteneur sur le shunter. Puis le chauffeur de shunter fait enlever le conteneur par l’opérateur de gros forklift. Il va se faire remettre une boîte vide sur le shunter par un petit forklift.

As-tu des contacts avec d’autres ateliers ou départements de l’entreprise ?

L-A : Tout le monde prend sa pause ensemble et se parle par radio durant le travail.

Ces contacts sont-ils importants pour ton activité ?

L-A : Oui, si on ne se parle pas on manque de coordination et les erreurs seraient plus fréquentes.

Comment trouves-tu les informations nécessaires pour ton travail ?

L-A : En posant des questions aux anciens.

8) Les problèmes dans l’organisation du travail

Quels sont les problèmes les plus fréquents dans l’organisation du travail ?

L-A : Un manque de conteneur ou des erreurs de numéros de conteneurs dans le chargement. Aussi, l’opérateur se trompe et charge le mauvais grain dans le mauvais conteneur.

Les installations et les machines sont-elles fréquemment en panne ?

L-A : Rarement.

Quels sont les problèmes techniques et comment les affrontes-tu ?

L-A : Il peut avoir des problèmes de sonde (qui prennent la qualité du grain). On doit prendre des échantillons manuels. On le fait avec un verre de plastique accroché à un manche à balai.

Quel rôle joue la coopération avec tes collègues face à ce type de problèmes ?

L-A : Les gens du laboratoire viennent prendre nos échantillons.

Quel rôle jouent les directeurs, les contremaîtres et les cadres dans ce cas ?

L-A : Principalement nous dire quoi faire.

Tes tâches sont-elles toujours les mêmes ou dois-tu remplir d’autres fonctions ?

L-A : Mes tâches changent beaucoup. Des fois j’installe les pré-bucket (deux 2 par 4) dans la cour. Ou je prépare les cartons pour les buckets (en faisant des trous dans le carton avec une perceuse). Des fois je charge les camions, je supervise le déchargement des camions, je décharge les wagons de trains, je décharge les conteneurs intermodaux. Aussi, beaucoup de nettoyage et d’entretien des différentes machines. Je pilote le forklift de temps en temps.

Quelles sont-elles et qu’en penses-tu ?

L-A : Cela permet une certaine diversité et ça me change les idées, mais certaines tâches sont plus désagréables que d’autres.

Selon toi, qui organise le travail dans ton atelier, ton département, ton entreprise ?

L-A : Les superviseurs.

L’organisation du boulot est-elle cohérente, chaotique, absurde, ou irrationnelle ? Pourquoi ?

L-A : Le boulot est mal organisé et on voit les problèmes de chaîne d’approvisionnement. En fait, on doit souvent travailler plus pour compenser le manque d’organisation de toute la chaîne d’approvisionnement. Improviser des buckets car le fournisseur ne livre pas, les couper et les trouer nous-mêmes. Couper les 2 par 4, car il y a eu une erreur dans les formats livrés. Laver en vitesse des conteneurs pour pouvoir les reremplir.

Pourquoi existe-t-il des directeurs, des contremaîtres et des cadres ?

L-A : Principalement pour être sûr que nos opérations soient rentables d’un point de vue purement de la création de profits. Ils pressent le citron, au diable nos corps et notre vie sociale.

9) L’intensité du travail et les cadences

Qu’est-ce qui détermine les cadences ?

L-A : La quantité de conteneurs prêts et disponibles, la quantité de grains et les commandes.

Quels sont les facteurs qui t’obligent à travailler plus vite ?

L-A : Le volume de conteneur à remplir.

As-tu le temps de discuter avec tes collègues pendant le travail ?

L-A : Je suis souvent seul à mon poste, mais quand ils sont là oui.

Comment rends-tu ton travail moins pénible et comment t’aménages-tu des pauses non programmées par le patron ?

L-A : Principalement quand le conteneur charge ou en prenant un peu plus de temps pour certaines choses. Simplement en faisant semblant de travailler parfois.

Ton travail est-il stressant et pourquoi ?

L-A : Pas tant stressant qu’éreintant.

Comment te sens-tu à la fin de la journée ?

L-A : Quelquefois fatigué positivement, comme après un bon work-out, des fois négativement, comme après une longue marche sous un orage.

10) Le contrôle du travail

Qui contrôle ton travail, comment, et pourquoi ?

L-A : Les contremaîtres et l’opérateur s’assurent que les pertes soient minimales.

Quels sont les critères d’évaluation de ta productivité ?

L-A : Le rythme de production (quatre container à l’heure), que le bucket soit bien mis et que les portes soient fermées hermétiquement.

Que se passe-t-il quand tu commets des erreurs ou que tu n’obéis pas aux ordres ?

L-A : Pas grand-chose quand on commet des erreurs, vu que presque tout le monde est nouveau.

Cela arrive-t-il souvent ?

L-A : Pas tant de ça.

Réussis-tu à contourner les contrôles ?

L-A : Pas vraiment, il n’y a pas de contrôle officiel.

Arrive-t-il que tes collègues commettent délibérément une erreur pour obtenir une pause supplémentaire ou défier votre chef ?

L-A : Oui plusieurs fois par jour. Le sabotage est courant, surtout pour éviter les heures supplémentaires

11) Le salaire

Combien gagnes-tu ?

L-A : 19,45$ de l’heure.

Tous tes collègues touchent-ils le même salaire ? Quelle en est la raison ?

L-A : Plus tu es qualifié dans un nombre de machines, plus tu gagnes d’argent. Tu gagnes deux dollars de plus par deux machines que tu sais opérer (shunter, forklift, trac mobile, petite machine qui sert à déplacer les wagons de trains).

Existe-t-il une échelle salariale ? Comment est-elle fixée ?

L-A : Voir la réponse plus haut.

Quels sont les moyens d’obtenir une augmentation dans l’entreprise ?

L-A : Voir plus haut.

Ton salaire dépend-il de ta productivité ?

L-A : Un bonus dépendamment du volume de grain qui passe par l’ascenseur par trimestres.

Reçois-tu une rémunération supplémentaire pour certains types d’horaires (nuit, week-end) ?

L-A : Pour les heures supplémentaires, on est à temps et demi.

Comment la direction justifie-t-elle les différences entre les salaires ?

L-A : Qualification.

Que pensent tes collègues des salaires dans l’entreprise ?

L-A : Un peu bas.

12) Les horaires de travail

Que dit exactement ton contrat sur les horaires de travail ?

L-A : 40h par semaine sur quatre jours.

Fais-tu des heures supplémentaires ?

L-A : Oui beaucoup.

Travailles-tu en équipe ?

L-A : Oui.

Quelle est la durée du trajet pour te rendre au travail ?

L-A : 45 minutes.

Combien d’heures par jour l’entreprise fonctionne-t-elle ?

L-A : Entre 16 et 18h par jour.

Est-elle ouverte le samedi, le dimanche et les jours fériés ?

L-A : Oui.

Comment sont organisées les équipes (horaires, jour/nuit, etc.) ?

L-A : Une équipe de jour (6 à 16h) une équipe de soir (12h à 22h) et une équipe pour les fins de semaine (6h à 18h vendredi samedi dimanche).

Qui décide de la composition des équipes et des horaires ? As-tu été consulté à ce propos ?

L-A : La direction. Consultation oui, mais pas vraiment d’écoute. Un collègue voulait avoir le shift de jour pour pouvoir passer du temps avec son fils après l’école. Il l’on mit sur le shift de soir pour lui « apprendre à prioriser son emploi comme un homme devrait faire ».

Combien de pauses prends-tu par jour et à quelles heures ?

L-A : Une pause à 16h30 de 15 minutes. Une à 20h de 30 minutes

Les salarié.e.s prennent-ils leur pause ensemble ?

L-A : Oui

Y a-t-il des pauses supplémentaires liées à une pénibilité particulière de ton travail ou de certaines tâches ?

L-A : Oui, le nettoyage de silo te donne une prime pour espace fermé.

Combien de jours de vacances as-tu par an ?

L-A : Deux semaines.

Es-tu satisfait de tes horaires, du système des équipes ?

L-A : Oui s’il y avait moins d’heures supplémentaires.

Qu’est-ce qui te déplaît le plus dans l’entreprise ?

L-A : Le fait que certaines tâches sont physiquement douloureuses se font trop souvent. Les heures supplémentaires.

13) Les syndicats

Existe-t-il une convention collective ?

L-A : Oui.

Concerne-t-elle la société où tu travailles, le groupe auquel elle appartient ou tout le secteur économique dont elle dépend ?

L-A : Les deux (une convention locale et une convention pour le port de Montréal).

Est-il possible de lire ou d’avoir une copie de cette convention ? Sinon, quelles seraient les clauses les plus atypiques ou problématiques de cette convention ?

L-A : C’est très difficile et tout le monde la trouve trop peu étendue et elle laisse trop de pouvoir à l’employeur. Elle fait une dizaine de pages.

Qui a signé ces accords avec la direction ?

L-A : Le syndicat

Existe-t-il un organe de concertation avec le patron ?

L-A : Non.

À quoi sert-il et que fait-il ?

non

Es-tu syndiqué.e ? Avec quel syndicat ?

L-A : Oui, le syndicat des débardeurs.

Que fait-il pour vous ?

L-A : Rien, il n’est pas du tout présent.

Que penses-tu et que pensent tes collègues du syndicat ?

L-A : Qu’il n’existe pas.

Qu’attends-tu des délégué.e.s ?

L-A : Rien.

14) Les services

Quel est le nom de ton service, département, ou atelier ?

L-A : Production.

Quels biens produit-il ou quels services vend-il ?

L-A : Il assure le mouvement du grain.

Quelle est son utilité ?

L-A : Bouger le grain d’un mode de transport à l’autre.

S’il s’agit d’un service, quel rôle jouent les relations avec la clientèle (amabilité, dévouement à l’entreprise, etc.) ?

L-A : Non applicable.

Considères-tu que ton travail est utile à la société ?

L-A : Oui.

Qu’en dit la direction ?

L-A : Le grain est nécessaire à l’alimentation de beaucoup de personnes.

Qu’en pensent tes collègues ?

L-A : On sent que notre travail est concret.

15) Les conflits entre salarié.e.s et avec le patron

Pendant que tu travailles, discutes-tu des problèmes qui se posent dans l’entreprise ? Peux-tu nous donner des détails ?

L-A : Oui, les collègues et moi nous sommes beaucoup plaints du temps supplémentaire obligatoire

Y a-t-il eu dans le passé, ou y a-t-il en ce moment, des conflits entre les salarié.e.s ? À propos de quoi ?

L-A : Oui sur la question des vaccins (on sortait à moitié de confinement). Plusieurs des gars ont des copines dans le secteur de la santé et trouvaient le collègue anti-vax pas mal imbécile et chiant.

Puis entre le shift de jour et de nuit. Le shift de jour n’ayant pas de TSO, beaucoup dans le shift de soir les trouvait paresseux. Aussi, le shift de jour s’occupait beaucoup de déchargement, qui est une tâche surtout de supervision et de nettoyage, qui est moins dure, ce qui renforçait le conflit.

Y a-t-il eu et y a-t-il des conflits avec la direction ? Sur quoi ont-ils porté ? D’autres conflits couvent-ils ?

L-A : Oui, nous avons fait une grève sauvage sur le tas contre le temps supplémentaire obligatoire (et on a réussi à le faire abolir). Je veux juste dire que l’exemple de sit-ins des infirmières a beaucoup aidé à faire accepter l’idée de grève hors syndicat.

Sinon, on voudrait plus de pauses et de l’eau courante dans la roulotte de pause, et une vraie toilette plutôt qu’une bécosse bleue qui pue et dans laquelle on se gèle les couilles en hiver.

Votre entreprise est-elle menacée de licenciements collectifs ou de fermeture ?

L-A : Non.

Que penses-tu de ces menaces ?

L-A : Non applicable.

16) Discussion

Quelle différence existe-t-il entre le travail au sein de ton entreprise et celui d’autres secteurs d’activité (usine, hôpital, bureaux, etc.) ?

L-A : Le travail est plus demandant physiquement, mais plus émotionnellement doux que beaucoup d’emploi dans les services.

À l’avenir, l’activité de ton entreprise va-t-elle s’étendre ?

L-A : Oui la conteneurisation du grain augmente beaucoup, le gouvernement a d’ailleurs donné une subvention à la compagnie pour agrandir ses installations.

Que penses-tu de la possibilité de t’organiser avec d’autres gens pour améliorer les conditions de travail ?

L-A : On a fait une grève sur le tas et ça a marché, donc ma position est que la possibilité est bonne.

Avec qui aimerais-tu t’organiser ?

L-A : Mes collègues et d’autres communistes.

Comment agirais-tu pour faire avancer tes revendications ?

L-A : Par l’action directe (sabotage, grève).

Quelles sont tes principales revendications ?

L-A : Moins de travail, plus d’argent.

17) Sur le questionnaire

Que penses-tu de ce questionnaire ?

L-A : Un peu trop long.

Que proposes-tu pour l’améliorer ?

L-A : Meilleure compartimentation.

18) Sur la personne interviewée

En quoi consiste exactement ton métier ?

L-A : Voir questionnaire précédent

Es-tu délégué syndical ? À quel syndicat appartiens-tu ?

L-A : Voir questionnaire précédent.

Y a-t-il eu des luttes auparavant dans ta boîte ?

L-A : Non c’était la première lutte.

Quelles ont été les décisions du patron qui les ont déclenchées ?

L-A : Le temps supplémentaire obligatoire pour le shift de soir de 22h à minuit.

Y a-t-il eu des grèves dans d’autres entreprises du même groupe ou de la même branche ? Qu’est-ce qui les a déclenchées ?

L-A : Il y a eu une grève au port de Montréal peu après la nôtre sur la question de l’emploi et de l’automatisation.

Quelles sont vos revendications ?

L-A : Abolition du TSO.

Qui les a rédigées ou mises en avant ?

L-A : Les travailleurs du shift de soir se parlant entre eux.

19) Sur les conditions de travail

Où se déroule la grève (au niveau de l’entreprise, d’un département, d’un atelier, d’un service, etc.) ?

L-A : Le shift de soir à la production.

Quelle est l’importance de cette entreprise pour l’économie locale, régionale, nationale ?

L-A : Relativement important, plus de 80% du grain conteneurisé qui passe au port de Montréal passe par l’entreprise.

Quels sont ses liens avec d’autres entreprises et d’autres branches (fournisseurs, sous-traitants, etc.) ?

L-A : Nous sommes directement dans le port de Montréal. En plus, le moulin à farine qui est dans le même bâtiment se ravitaille chez nous en blé quinze fois par jour, et le CN et le CP laissent des wagons de grain.

Quelle est la composition du personnel (origines régionales et nationales, proportion d’hommes et de femmes, etc.) ?

L-A : Voir les réponses du questionnaire précédent.

Quels sont les différents types de contrats de travail (temps partiel, intérim, etc.) ?

L-A : Tous temps pleins.

Quelle est l’influence de la nationalité, des types de contrats des salarié.e.s sur la lutte ?

L-A : Certains collègues (deux en particulier) sont racistes et ça crée des tensions, aussi, un collègue camerounais est un pasteur et passait son temps à écouter des enregistrements de ses prêches sur un speakers bluetooth pendant qu’il travaille ou durant nos pauses.

20) L’organisation de la lutte

Qui a déclenché la grève (les salarié.e.s, le syndicat, etc.) ?

L-A : Tous les travailleurs du shift de soir au moment du début du TSO.

Le conflit s’étend-il (dans l’entreprise, dans la région, etc.) ?

L-A : Non, il reste circonscrit à notre équipe.

Quelle influence ont les ouvrier.e.s ou les employé.e.s de base sur le conflit (dans les débats, les AG) ?

L-A : Contrôle total. Nous avons fait une petite AG de la même journée. Mais on parlait de faire grève depuis au moins un mois entre nous.

Qui fait les propositions ?

L-A : J’ai amené l’idée de faire grève au fil du temps et avec deux autres collègues on a regroupé le monde en AG. Un collègue a amené les revendications au patron.

Les propositions de la base sont-elles prises en compte, ignorées, déformées ?

L-A : Le patron a cédé en 25 minutes. Il n’y avait pas de médiation entre les grévistes et le patron.

Quelles initiatives sont-elles prises pour obtenir le soutien d’autres gens que les grévistes (dans l’entreprise, dans le groupe auquel elle appartient) : réunions publiques, manifestations, etc. ?

L-A : Aucune.

Quels sont les moyens de production utilisés pendant la grève (bulldozers, camions, ordinateurs, etc.) ?

L-A : On laisse des conteneurs dans le trajet de rechargements avec les forklifts.

Quel est le lien entre les relations dans le travail et les relations entre grévistes (coopération, y compris avec d’autres ateliers, services ou départements, etc.) ?

L-A : C’est vraiment tout le shift de soir qui s’est mis en grève, mais de façon isolée.

Quelles ont été les initiatives prises contre la grève (propagande patronale, embauche de scabs, interventions policières, etc.) ?

L-A : Le patron et le contremaître ont gueulé un peu, mais la pénurie de main-d’œuvre l’a fait craquer vite.

Quel a été le rôle politique des organisations extérieures à l’entreprise (syndicats, partis politiques, comités de soutien, etc.) ?

L-A : Aucun.

Qu’ont-elles fait concrètement (collectes, tracts, réunions, prêts de locaux, etc.) ?

L-A : Non applicable.

Que pensent les travailleurs et les travailleuses de ces organisations ?

L-A : Non applicable.

Quelles ont été les formes d’organisation pratiquées par les salarié.e.s (comités de grève, interpro, etc.) ?

L-A : Organisation informelle et une petite AG organisée à la va-comme-je-te-pousse.

Quels problèmes ont-ils rencontrés en s’organisant ?

L-A : La peur de se faire slacker. Le contremaître qui soudainement voulait être notre ami. La division raciale à beaucoup joué contre nous, le zèle religieux d’un collègue et les opinions anti-vax d’un autre créait de la tension en plus des divisions avec le shift de jour.

21) Effets de la lutte

Quels sont les effets de la grève (interruption ou baisse de la production, perturbations dans le travail d’autres services, ateliers, départements, usines, etc.) ?

L-A : Arrêt total de l’usine

Que pensent les travailleurs et travailleuses des conséquences du conflit sur les autres ouvriers, les clients, les patients, etc.) ?

L-A : Honnêtement, je n’ai pas eu le temps d’y penser à cause que la grève fut si courte.

Quelle est l’opinion des médias (presse écrite, radio, télévision, etc.) ?

L-A : Aucun.

22) Le déroulement de la lutte

Comment la lutte peut-elle se développer (actions, extension, etc.) ?

L-A : Si des questions comme l’hygiène et les salaires étaient amenées, on pourrait embarquer les autres shifts.

Quel est le moral des travailleurs et des travailleuses ?

L-A : Très bon.

Y a-t-il eu des conflits parmi les salarié.e.s (opinions différentes, divisions fondées sur l’origine nationale ou le genre, etc.) ?

L-A : Les opinions sanitaires et les divisions raciales et de religions sont très présentes.

Comment ont-ils été résolus ou affrontés (discussions, brouilles, etc.) ?

L-A : Une vraie confrontation politique sur la question sanitaire entre l’anti-vax et les travailleurs avec des blondes infirmières. J’ai aussi dit à un collègue qui délirait sur les juifs et la finance qu’un accident allait lui arriver s’il ne se la fermait pas. Il ferme sa gueule depuis. Fait pas mal de désintox sur l’antisémitisme avec les autres collègues après.

Comment ont évolué les conflits personnels ou individuels entre les salariés pendant la grève ?

L-A : Même l’anti-vax était plus supportable après. Le pasteur a arrêté de mettre ses prêches pendant les pauses. On s’est vraiment rapprochés. Juste l’antisémite qui s’est mis à manger seul dehors.

Quelle est la réaction des patrons (licenciements, lock-out, pressions, etc.) ?

L-A : Panique et capitulation.

Qu’en pensent les travailleurs et les travailleuses ?

L-A : On se sentait fort.

Quelles ont été les tentatives de médiation et de négociation (comité de grève, syndicat, etc.) ?

Nous avons donné nos revendications et le patron a rapidement cédé.

La fin du conflit est-elle proche ?

L-A : Fini en une demi-heure.

Que va-t-il se passer ensuite (conditions du retour au travail, mesures de rétorsion des patrons ou des chefs, nouvelles luttes, etc.) ?

L-A : Le TSO a été aboli. Les erreurs ont diminué et ils avaient pas mal moins de close call en termes de santé-sécurité.

23) Bilan de la lutte

Que pensent les travailleurs de l’expérience qu’ils sont en train de vivre (forces, faiblesses, etc.) ?

L-A : Certainement un beau moment, mais l’énergie s’est vite dissipée et je ne crois pas qu’il y aura une suite.

Que pourrait-on améliorer ou faire différemment la prochaine fois ?

L-A : Vraiment agrandir nos revendications et essayer d’amener le shift de jour et de week-end avec nous.

Quels liens les salariés établissent-ils entre leur lutte et la situation sociale générale ?

L-A : Aucun.

Quels liens établissent-ils avec les luttes d’autres branches ?

L-A : Beaucoup de liens faits avec les sit-ins d’infirmières, l’idée de résister au TSO vient beaucoup d’elles. Les gars avec des blondes en santé (9 sur 15) étaient les plus réceptifs à la grève.

Comment doit se faire le travail de popularisation de la lutte : dans quels endroits, vis-à-vis de quelles personnes, etc. ?

L-A : Faudrait le faire dans la shop d’abord. Rejoindre les autres shifts.

24) Sur l’interviewer

Comment et où ont été réalisés l’interview et le compte rendu (lieu, sources d’information, etc.) ?

L-A : Après avoir quitté l’entreprise, quatre mois après la grève environ. J’ai démissionné, car le boss était constamment sur mon dos et qu’un meilleur poste était ouvert ailleurs.

Quelle est ton opinion sur les événements, les forces et les faiblesses de la lutte ?

L-A : Très efficace en tant que grève, mais trop focalisé sur un problème (le TSO) et sur la situation de notre shift. Aurait mérité une vision plus large et d’autres revendications pour pouvoir élargir au reste des shifts de productions.

Quels bénéfices as-tu tirés de la réalisation de l’interview ou de l’écriture de ce compte rendu ?

L-A : Me rendre compte que la pérennité d’une lutte est un processus complexe, si on ne veut pas que la grève soit plus qu’un moment isolé.