La situation de la classe ouvrière est la base réelle d’où sont issus tous les mouvements sociaux actuels parce qu’elle est en même temps la pointe extrême et la manifestation la plus visible de la misérable situation sociale actuelle. La connaissance des conditions de vie du prolétariat est une nécessité absolue si l’on veut assurer un fondement solide aux théories socialistes aussi bien qu’aux jugements sur leur légitimité, mettre un terme à toutes les divagations et affabulations fantastiques…
(Friedrich Engels – La situation de la classe laborieuse en Angleterre, 1845)
La question du travail profondément orienté la praxis des révolutionnaires des deux siècles passés et continue selon moi d’incarner à la fois le thermomètre et la boussole de la lutte des classes. Pour nous, le prolétariat incarne un sujet révolutionnaire en raison de la relation particulière qu’entretient cette dernière avec les moyens de production. C’est cette même relation qui met le prolétariat en opposition au mouvement du Capital et lui donne la capacité de réorganiser les rapports sociaux dans l’objectif d’en arriver à une société sans classe. Cet article s’adresse aux révolutionnaires qui sont en accord avec cet état de fait.
Cependant, cet article ne doit pas être vu comme un énième appel à agiter le drapeau rouge aux portes des usines en espérant que la dictature des conseils ouvriers s’établisse spontanément grâce à quelques mots d’ordre de 25 étudiants et étudiantes qui ont décidé « d’aller directement à la classe ouvrière », ni un autre appel à joindre les « structures syndicales » et que nos 25 étudiants et étudiantes deviennent des permanents politiquement castrés dans 5-10 ans.
Il se veut un guide pratique pour les révolutionnaires pour les aider à saisir la réalité actuelle du prolétariat des territoires productifs dans lequel ils et elles résident, comprendre comment s’y implanter durablement et bâtir une capacité d’intervention. Il vise à leur donner des moyens de bâtir, sur l’insubordination prolétarienne existante, les bases d’une autonomie politique de notre classe, premier pas nécessaire pour générer une rupture révolutionnaire avec la société capitaliste.
La composition de classe, ça mange quoi en hiver ?
La base du concept d’une étude communiste de la réalité de la classe ouvrière peut être résumée comme si : la composition organique du Capital se reflète dans la composition de la classe ouvrière et cette composition a des conséquences politiques qui se reflètent dans ses luttes. En d’autres mots, la manière dont le mode de production capitaliste (MPC) organise la production, la circulation et la reproduction, nécessite des processus divers, des formes techniques multiples prenant forme sur des territoires diversifiés. Pour faire simple, l’immense accumulation de marchandises ont besoin de prolos hautement qualifiés et diplômés à l’université pour concevoir des marchandises dans des bureaux sur des ordinateurs, de travailleurs qualifiés pour faire des tâches complexes en utilisant des outils et des machines spécifiques, de travailleurs et de travailleuses spécialisés pour faire des centaines de tâches répétitives et dures, dans des environnements divers de contrôle technologique et d’automatisation, et de ménagères pour s’assurer une série de travaux domestiques pour que les prolétaires continuent de se pointer au travail avec assez de calories dans le ventre, d’heure de sommeil dans le corps et dans une santé relative pour que la production continue.
Pourquoi est-ce important de garder cela en tête ? Par ce que la première forme d’organisation des travailleurs et travailleuses n’est ni le parti révolutionnaire ni le local syndical, mais l’organisation que le capitalisme leur impose. Les résistances ordinaires du prolétariat sont d’abord des résistances à cette forme d’organisation spécifique de la production qui régit sa vie. Comprendre comment le capitalisme organise la classe ouvrière, c’est comprendre comment et pourquoi tel ou tel segment du prolétariat va se mettre en lutte. Donc, la composition de classe, c’est la composition sociale de la classe ouvrière, la compréhension de ses séparations et de ses divisions internes, ainsi que ses forces et faiblesses relatives en fonction de leur secteur. Pour utiliser la 100 000e métaphore militaire produite par l’extrême gauche, la composition de classe c’est la topographie du champ de bataille de la guerre de classe.
Pour illustrer le tout, utilisons un exemple. La réalité décrite est d’ailleurs celle qui amène à la création du concept de composition de classe : la division entre OS (ouvrier spécialisé) et OQ (ouvrier qualifié) dans les grandes usines automobiles du centre capitaliste durant le cycle de lutte des années 1960-70-80. L’ouvrier spécialisé effectue une tâche répétitive sur la chaîne de montage, il est le moins bien payé des deux et l’augmentation des cadences l’affecte directement. Il est davantage aliéné par son travail ayant peu de contrôle dessus. Il quitte souvent son emploi et ne s’implante pas dans son syndicat, car il bouge trop. L’ouvrier qualifié possède un métier qui implique de faire des tâches diverses et mieux payées et possède un certain contrôle sur le rythme de son travail. Ce contrôle l’amène à s’identifier, partiellement, avec son travail. Il est mieux implanté dans son lieu de travail et participe à ses instances syndicales pour cette raison.
Du milieu des années soixante au début des années quatre-vingt, les OS s’engagent dans des grèves sauvages à de nombreuses reprises à travers le globe. La lutte contre l’augmentation des cadences sur les chaînes de montage étant centrale dans leur lutte. N’étant pas attachée à leur organisation syndicale, leur lutte se fait de manière autonome et brise souvent la discipline des mouvements légaux et officiels. Les OQ restent plus conservateurs, associés aux organisations ouvrières officielles, car ils voient leur futur comme étant lié à celui de leur lieu de travail. C’est donc autour des OS que la gauche révolutionnaire se regroupe, de la FIAT Miafrori à Turin, berceau de l’autonomie ouvrière italienne au Doge Chrysler et la Black Revolutionnary Workers League.
Nous affirmons donc que c’est en étudiant la composition de classe du prolétariat aujourd’hui que nous pouvons anticiper le mouvement de notre classe et développer stratégies et tactiques pour donner le maximum de force de rupture au prochain cycle de lutte prolétarienne.
L’enquête ouvrière : Méthode d’étude et de compréhension
Pour revenir à notre idée de composition de classe comme topographie de la guerre sociale, reste la question de comment produire la carte sur laquelle nous pourrons manœuvrer.
C’est là que l’enquête ouvrière se présente comme un outil indispensable pour les communistes. Développée par Marx et publiée pour la première fois en 1880, il s’agit d’un long questionnaire qui entend permettre à un ouvrier ou une ouvrière d’offrir une description complète de son lieu de travail, de ses tâches et de l’organisation du travail.
Le questionnaire permet donc de faire une cartographie du travail qu’il mène au sein de l’industrie et des travailleurs qui y participent. C’est donc une manière de placer le prolétaire dans le contexte de son exploitation, de comprendre son rôle dans la chaîne de production.
C’est aussi un regard intime sur son quotidien et sa subjectivité. C’est comprendre le lieu qu’il habite pour la majorité de ses heures éveillées, les personnes qu’il voit le plus souvent, les tâches qu’il exécute le plus. Une enquête ouvrière incarne la volonté de donner une voix à la subjectivité de l’aliéné en lui demandant de décrire un monde qui n’est pas le sien, mais qu’il connaît trop bien.
Bref, étudier la classe ouvrière de son propre point de vue, c’est rapidement abandonner la sociologie et entrer dans la pratique politique.
L’enquête ouvrière, outils d’agitations et d’organisation
C’est pour cela que l’enquête ouvrière est plus que l’outil d’un statisticien ou d’un sociologue. En effet, elle tend non seulement à positionner le prolétaire, mais à lui faire réaliser sa position dans sa société de classe. C’est un outil qui amène autant la compréhension de l’intervieweur que de l’interviewé. En effet, prendre conscience de sa place dans l’édifice de la société de classe permet de voir comment la coopération, les conflits les plus routiniers sont, au bout du compte, des choses sous le contrôle de forces qui nous échappent, mais qui, en même temps, représentent des choses bien concrètes dans nos vies.
La compilation des enquêtes elle-même devient une expérience transformatrice. Ce qui nous est révélé c’est plus que la cartographie du capital, mais l’anatomie de l’exploitation. Peu de choses aident à rendre la notion de travail abstrait, soit la marchandise selon lequel un prolétaire est payé en échange de sa force de travail, aussi concrète que d’entendre le téléphoniste, le maçon, le préposé aux bénéficiaires ou le cuistot de chez McDonald parler de leurs emplois dans les mêmes mots, décrire les mêmes sentiments. La marchandise-travail prend vraiment sa forme universelle à travers le regard individuel de chaque prolétaire.
C’est aussi une cartographie des frictions dans le lieu de production. Les conflits abstraits de la division du travail deviennent rapidement tangibles, prenant la forme de conflit personnel entre collègue ou avec la hiérarchie. C’est regarder un édifice en train de craquer doucement sous le poids de ses propres fondations, alors qu’on se trouve à l’intérieur.
L’utilisation de l’enquête ouvrière est donc un outil particulièrement utile dans la situation actuelle, notamment à cause d’une recrudescence des luttes ouvrières1, mais aussi d’une réorganisation partielle de l’économie par le retour limité des grandes concentrations de production et l’extension massive de l’industrie de la logistique suit à la pandémie. Il est impératif pour les révolutionnaires communistes de comprendre la réalité de leur classe, et de cette compréhension bâtir les plans de batailles des prochains affrontements dans la guerre sociale.
C’est pour cela que nous republions cette enquêtes, pour mettre en marche un chantier d’études de la conditions prolétariennes actuelles, pour rebâtir nos perspectives stratégique d’interventions dans le monde du travail.
Annexe : Questionnaire de l’enquête ouvrière
Développée par Marx, l’enquête ouvrière est autant une méthode d’agitation que de collecte de données sur la situation de la classe ouvrière. L’enquête originale est un peu vieillotte pour plusieurs raisons, par exemple une des questions faisait notamment référence à l’usage de la vapeur dans l’entreprise. Cependant la méthode de l’enquête peut s’avérer pertinente. Le groupe d’ultragauche Kolinko – situé dans la région de la Ruhr en Allemagne – a mis à jour l’enquête pour la conduire dans des centres d’appels qui venaient d’être traversés par une série de grèves. Nous avons apporté plusieurs modifications à ces textes pour nous assurer qu’il s’adapte mieux au contexte québécois et à son code du travail.
Il s’agit de trois questionnaires : un questionnaire en forme longue pour la collecte de données, un questionnaire plus court pour faire de l’agitation, et un questionnaire particulier sur les périodes de lutte et de grèves. Aussi, vous trouverez cinq enquêtes complètes, complétées par une infirmière au Children Hospital et son expérience des négociations au sein du secteur public, un charpentier dans la construction, une éducatrice dans un CPE gréviste, un cheminot du CN ayant vécu le lock-out et la loi spéciale de l’été passé et un manœuvre en conteneurisation dans un ascenseur à grain au port de Montréal. La dernière enquête présente aussi le déroulement d’une grève sauvage menée sur le tas. La sélections des interviewé.es est fait via des connaissances et des contacts politiques, donc les prolétaires dont vous lirez les réponses ont généralement un niveau de conscience de classe plus élevés que la moyennes.
Enquête ouvrière
1) L’entreprise
Dans quelle entreprise travailles-tu ?
À quel secteur appartient-elle ?
Dépend-elle d’un trust ou d’une multinationale ?
Que produit ton entreprise ou quels services vend-elle ?
Dans quel atelier, département ou service travailles-tu ?
Ton entreprise reçoit-elle des subventions de la région ou de l’État ?
2) La région
Existe-t-il des entreprises du même secteur d’activité dans la région ? Si c’est le cas, sais-tu pourquoi ?
Quelle est l’opinion du public, des patrons, et des hommes politiques à son sujet ?
3) Les collègues de travail
Combien de salarié.e.s travaillent dans ton entreprise ?
Quelle est la proportion d’hommes et de femmes ?
Quelle est la proportion de francophones, d’anglophones, d’immigré.e.s, etc. ?
Quels sont les pays d’origine des migrants ?
Combien y a-t-il d’intérimaires et de salarié.e.s, et sont-ils à temps partiel ou à temps plein ?
Est-ce que la proportion entre ces différentes catégories de personnel évolue, et pourquoi ?
Comment le travail est-il organisé au niveau du temps (horaires administratifs, travail en équipe, etc.) ?
Quel type de salarié.e.s sont attiré.e.s par l’entreprise ?
Quand c’est leur premier travail, quelle est leur motivation principale ?
Quelles relations y a-t-il entre les salarié.e.s plus ancien.ne.s et plus jeunes ?
4) Le métier
Depuis combien de temps travailles-tu dans cette entreprise ?
Depuis combien de temps existe-t-elle ?
À quoi ressemble la pyramide des âges dans l’entreprise ?
As-tu déjà travaillé dans une entreprise de la même branche, et qu’en est-il de tes collègues ?
Quels métiers as-tu exercé auparavant, et quels métiers ont exercé tes collègues ?
Comment as-tu été embauché ?
Est-ce qu’il y a différents moyens d’embauches (par exemple, népotisme ou contrats) ?
Pourquoi as-tu choisi cette entreprise ?
Souhaites-tu y travailler longtemps ? Qu’en est-il de tes collègues ?
Quel travail aimerais-tu faire si tu quittes l’entreprise et pourquoi ?
5) La qualification
Quels sont les critères d’embauche utilisés par la direction ?
Quelles étaient ta formation professionnelle et tes qualifications avant d’entrer dans l’entreprise ?
Y a-t-il une formation pour qualifier les salarié.e.s et combien de temps dure-t-elle ?
Qu’y apprend-on et qu’y as-tu appris ?
Que penses-tu de cette formation maintenant que tu travailles dans l’entreprise ?
Disposais-tu de la qualification requise pour ton travail ou as-tu appris sur le tas ?
Quelles sont les compétences requises pour exercer ton métier ?
6) Les méthodes de travail
Quelles sont les opérations que tu effectues à ton poste ?
Qui est ton supérieur hiérarchique immédiat ?
Qui sont tes différents supérieurs ?
Avec quelles machines, outils, ordinateurs, etc., travailles-tu ?
À quoi servent-ils ?
Maîtrises-tu bien leur fonctionnement ?
Aimes-tu travailler avec ces outils, machines, ordinateurs, etc. ?
Qu’apprécies-tu, de façon générale, dans ton travail ?
Que détestes-tu dans ton boulot ?
L-A : Mon christ de collègue anti-vax et paternaliste. Le travail en général.
7) Les formes de coopération et d’entraide dans le travail
Travailles-tu en coopération avec d’autres salarié.e.s ?
Comment se déroule cette coopération ?
As-tu des contacts avec d’autres ateliers ou départements de l’entreprise ?
Ces contacts sont-ils importants pour ton activité ?
Comment trouves-tu les informations nécessaires pour ton travail ?
8) Les problèmes dans l’organisation du travail
Quels sont les problèmes les plus fréquents dans l’organisation du travail ?
Les installations et les machines sont-elles fréquemment en panne ?
Quels sont les problèmes techniques et comment les affrontes-tu ?
Quel rôle joue la coopération avec tes collègues face à ce type de problèmes ?
Quel rôle jouent les directeurs, les contremaîtres et les cadres dans ce cas ?
Tes tâches sont-elles toujours les mêmes ou dois-tu remplir d’autres fonctions ?
Quelles sont-elles et qu’en penses-tu ?
.
Selon toi, qui organise le travail dans ton atelier, ton département, ton entreprise ?
L’organisation du boulot est-elle cohérente, chaotique, absurde, ou irrationnelle ? Pourquoi ?
Pourquoi existe-t-il des directeurs, des contremaîtres et des cadres ?
9) L’intensité du travail et les cadences
Qu’est-ce qui détermine les cadences ?
Quels sont les facteurs qui t’obligent à travailler plus vite ?
As-tu le temps de discuter avec tes collègues pendant le travail ?
Comment rends-tu ton travail moins pénible et comment t’aménages-tu des pauses non programmées par le patron ?
Ton travail est-il stressant et pourquoi ?
Comment te sens-tu à la fin de la journée ?
10) Le contrôle du travail
Qui contrôle ton travail, comment, et pourquoi ?
Quels sont les critères d’évaluation de ta productivité ?
Que se passe-t-il quand tu commets des erreurs ou que tu n’obéis pas aux ordres ?
Cela arrive-t-il souvent ?
Réussis-tu à contourner les contrôles ?
Arrive-t-il que tes collègues commettent délibérément une erreur pour obtenir une pause supplémentaire ou défier votre chef ?
11) Le salaire
Combien gagnes-tu ?
Tous tes collègues touchent-ils le même salaire ? Quelle en est la raison ?
Existe-t-il une échelle salariale ? Comment est-elle fixée ?
Quels sont les moyens d’obtenir une augmentation dans l’entreprise ?
Ton salaire dépend-il de ta productivité ?
Reçois-tu une rémunération supplémentaire pour certains types d’horaires (nuit, week-end) ?
Comment la direction justifie-t-elle les différences entre les salaires ?
Que pensent tes collègues des salaires dans l’entreprise ?
12) Les horaires de travail
Que dit exactement ton contrat sur les horaires de travail ?
Fais-tu des heures supplémentaires ?
Travailles-tu en équipe ?
Quelle est la durée du trajet pour te rendre au travail ?
Combien d’heures par jour l’entreprise fonctionne-t-elle ?
Est-elle ouverte le samedi, le dimanche et les jours fériés ?
Comment sont organisées les équipes (horaires, jour/nuit, etc.) ?
Qui décide de la composition des équipes et des horaires ? As-tu été consulté à ce propos ?
Combien de pauses prends-tu par jour et à quelles heures ?
Les salarié.e.s prennent-ils leur pause ensemble ?
Y a-t-il des pauses supplémentaires liées à une pénibilité particulière de ton travail ou de certaines tâches ?
Combien de jours de vacances as-tu par an ?
Es-tu satisfait de tes horaires, du système des équipes ?
Qu’est-ce qui te déplaît le plus dans l’entreprise ?
13) Les syndicats
Existe-t-il une convention collective ?
Concerne-t-elle la société où tu travailles, le groupe auquel elle appartient ou tout le secteur économique dont elle dépend ?
Est-il possible de lire ou d’avoir une copie de cette convention ? Sinon, quelles seraient les clauses les plus atypiques ou problématiques de cette convention ?
Qui a signé ces accords avec la direction ?
Existe-t-il un organe de concertation avec le patron ?
À quoi sert-il et que fait-il ?
Es-tu syndiqué.e ? Avec quel syndicat ?
Que fait-il pour vous ?
Que penses-tu et que pensent tes collègues du syndicat ?
Qu’attends-tu des délégué.e.s ?
14) Les services
Quel est le nom de ton service, département, ou atelier ?
Quels biens produit-il ou quels services vend-il ?
Quelle est son utilité ?
S’il s’agit d’un service, quel rôle jouent les relations avec la clientèle (amabilité, dévouement à l’entreprise, etc.) ?
Considères-tu que ton travail est utile à la société ?
Qu’en dit la direction ?
Qu’en pensent tes collègues ?
15) Les conflits entre salarié.e.s et avec le patron
Pendant que tu travailles, discutes-tu des problèmes qui se posent dans l’entreprise ? Peux-tu nous donner des détails ?
Y a-t-il eu dans le passé, ou y a-t-il en ce moment, des conflits entre les salarié.e.s ? À propos de quoi ?
Y a-t-il eu et y a-t-il des conflits avec la direction ? Sur quoi ont-ils porté ? D’autres conflits couvent-ils ?
Votre entreprise est-elle menacée de licenciements collectifs ou de fermeture ?
Que penses-tu de ces menaces ?
16) Discussion
Quelle différence existe-t-il entre le travail au sein de ton entreprise et celui d’autres secteurs d’activité (usine, hôpital, bureaux, etc.) ?
À l’avenir, l’activité de ton entreprise va-t-elle s’étendre ?
Que penses-tu de la possibilité de t’organiser avec d’autres gens pour améliorer les conditions de travail ?
Avec qui aimerais-tu t’organiser ?
Comment agirais-tu pour faire avancer tes revendications ?
Quelles sont tes principales revendications ?
17) Sur le questionnaire
Que penses-tu de ce questionnaire ?
Que proposes-tu pour l’améliorer ?
18) Sur la personne interviewée
En quoi consiste exactement ton métier ?
Es-tu délégué syndical ? À quel syndicat appartiens-tu ?
Y a-t-il eu des luttes auparavant dans ta boîte ?
Quelles ont été les décisions du patron qui les ont déclenchées ?
Y a-t-il eu des grèves dans d’autres entreprises du même groupe ou de la même branche ? Qu’est-ce qui les a déclenchées ?
Quelles sont vos revendications ?
Qui les a rédigées ou mises en avant ?
19) Sur les conditions de travail
Où se déroule la grève (au niveau de l’entreprise, d’un département, d’un atelier, d’un service, etc.) ?
Quelle est l’importance de cette entreprise pour l’économie locale, régionale, nationale ?
Quels sont ses liens avec d’autres entreprises et d’autres branches (fournisseurs, sous-traitants, etc.) ?
Quelle est la composition du personnel (origines régionales et nationales, proportion d’hommes et de femmes, etc.) ?
Quels sont les différents types de contrats de travail (temps partiel, intérim, etc.) ?
Quelle est l’influence de la nationalité, des types de contrats des salarié.e.s sur la lutte ?
20) L’organisation de la lutte
Qui a déclenché la grève (les salarié.e.s, le syndicat, etc.) ?
Le conflit s’étend-il (dans l’entreprise, dans la région, etc.) ?
Quelle influence ont les ouvrier.e.s ou les employé.e.s de base sur le conflit (dans les débats, les AG) ?
Qui fait les propositions ?
Les propositions de la base sont-elles prises en compte, ignorées, déformées ?
Quelles initiatives sont-elles prises pour obtenir le soutien d’autres gens que les grévistes (dans l’entreprise, dans le groupe auquel elle appartient) : réunions publiques, manifestations, etc. ?
Quels sont les moyens de production utilisés pendant la grève (bulldozers, camions, ordinateurs, etc.) ?
Quel est le lien entre les relations dans le travail et les relations entre grévistes (coopération, y compris avec d’autres ateliers, services ou départements, etc.) ?
Quelles ont été les initiatives prises contre la grève (propagande patronale, embauche de scabs, interventions policières, etc.) ?
L-A : Le patron et le contremaître ont gueulé un peu, mais la pénurie de main-d’œuvre l’a fait craquer vite.
Quel a été le rôle politique des organisations extérieures à l’entreprise (syndicats, partis politiques, comités de soutien, etc.) ?
Qu’ont-elles fait concrètement (collectes, tracts, réunions, prêts de locaux, etc.) ?
Que pensent les travailleurs et les travailleuses de ces organisations ?
Quelles ont été les formes d’organisation pratiquées par les salarié.e.s (comités de grève, interpro, etc.) ?
Quels problèmes ont-ils rencontrés en s’organisant ?
21) Effets de la lutte
Quels sont les effets de la grève (interruption ou baisse de la production, perturbations dans le travail d’autres services, ateliers, départements, usines, etc.) ?
Que pensent les travailleurs et travailleuses des conséquences du conflit sur les autres ouvriers, les clients, les patients, etc.) ?
Quelle est l’opinion des médias (presse écrite, radio, télévision, etc.) ?
22) Le déroulement de la lutte
Comment la lutte peut-elle se développer (actions, extension, etc.) ?
Quel est le moral des travailleurs et des travailleuses ?
Y a-t-il eu des conflits parmi les salarié.e.s (opinions différentes, divisions fondées sur l’origine nationale ou le genre, etc.) ?
Comment ont-ils été résolus ou affrontés (discussions, brouilles, etc.) ?
Comment ont évolué les conflits personnels ou individuels entre les salariés pendant la grève ?
Quelle est la réaction des patrons (licenciements, lock-out, pressions, etc.) ?
Qu’en pensent les travailleurs et les travailleuses ?
Quelles ont été les tentatives de médiation et de négociation (comité de grève, syndicat, etc.) ?
La fin du conflit est-elle proche ?
Que va-t-il se passer ensuite (conditions du retour au travail, mesures de rétorsion des patrons ou des chefs, nouvelles luttes, etc.) ?
23) Bilan de la lutte
Que pensent les travailleurs de l’expérience qu’ils sont en train de vivre (forces, faiblesses, etc.) ?
Que pourrait-on améliorer ou faire différemment la prochaine fois ?
Quels liens les salariés établissent-ils entre leur lutte et la situation sociale générale ?
Quels liens établissent-ils avec les luttes d’autres branches ?
Comment doit se faire le travail de popularisation de la lutte : dans quels endroits, vis-à-vis de quelles personnes, etc. ?
24) Sur l’interviewer
Comment et où ont été réalisés l’interview et le compte rendu (lieu, sources d’information, etc.) ?
Quelle est ton opinion sur les événements, les forces et les faiblesses de la lutte ?
Quels bénéfices as-tu tirés de la réalisation de l’interview ou de l’écriture de ce compte rendu ?
1 Lors des quatre dernières années (2020-2024), on a vu le taux de grève le plus élevé dans le secteur privé depuis des décennies, et la dernière grève dans la fonction publique, malgré sa nullité politique relative, a quand même mobilisé plusieurs centaines de milliers de prolétaires.